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Un soir au club, Christian Gailly - Les éditions de Minuit

Mis à jour : mars 30


Lorsque Christian Gailly disparaît en octobre 2013, âgé de soixante-dix ans, il laisse derrière lui une œuvre exemplaire et singulière qui tient en quatorze romans et un recueil de nouvelles, tous parus aux Éditions de Minuit. Gailly est venu relativement tard à l’écriture ; à la publication de son premier livre en 1987, il a quarante-quatre ans. Auparavant, il a exercé divers métiers, et c’est dans la musique qu’il a d’abord tenté sa chance comme saxophoniste de jazz, avant de renoncer. La musique ne l’abandonnera pas : elle sera omniprésente dans ses livres. Dans leur la trame narrative (nombre de ses personnages sont musiciens) mais aussi, et peut-être surtout, dans l’écriture même. Cette écriture, rythmée, syncopée, pleine de silences, de tensions et d’envolées, a souvent été comparée, fort justement, à du jazz infusé dans les mots.

Son premier livre, DIT-IL, était à peine un roman. Il était permis de penser, à la lecture de ce premier opus magnifique, que son auteur était à coup sûr un écrivain mais guère un romancier. La suite de l’œuvre démontre rigoureusement qu’on aurait eu tort : Christian Gailly a constamment produit, par la suite, de purs romans. Ses histoires d’amour cocasses et mélancoliques, à l’humour désenchanté, sont diablement romanesques, façon fin du XXe siècle. Un soir au club en est l’un des exemples les plus accomplis. Couronné par le prix du Livre Inter en 2002, ce roman incarne l’art de Christian Gailly à la perfection.


Voici un florilège des commentaires parus dans la presse à la sortie du livre :

« Quand on aime à la folie certains livres, on se dit qu’on devrait leur consacrer un immense article, mais l’occasion serait si belle qu’on en dirait forcément trop. Tout ce que l’on veut faire savoir, c’est que Un soir au club est, à la lettre, irrésistible. Passé la première page, comme la porte du club, impossible de s’arracher à sa musique. La cadence de cette prose, ses rythmes, ses ruptures, ses malices, son intensité, son hypersensibilité font qu’on se met illico à la place du narrateur et que, comme lui, on comprend la rechute de son ami Simon Nardis. Ou plutôt son ressaisissement. (…) » Jean-Pierre Tison (Lire, février 2002)

« Avec cette distance apparente, travaillée, qui fait le charme de toutes ses narrations, Christian Gailly nous promène dans une histoire d’amour et de passion qui est certes celle de son personnage, Simon Nardis, pianiste de jazz jadis reconnu retrouvant son clavier, mais aussi la sienne. Pour raconter ainsi les retrouvailles d’un musicien avec son instrument, évoquer la fluidité d’un toucher, l’harmonie d’un duo, le délire jubilatoire d’une improvisation et ce sentiment inouï que soudain tout décolle, que l’air n’est plus que vibration et musique, il faut comme Gailly être un fou de jazz. Car tout est jazz dans ce roman rose et noir où la vie et la mort se croisent comme deux thèmes antagonistes. C’est la vie qui l’emporte bien sûr, mais sans pouvoir tout à fait faire oublier la voix qui s’éteint et dont le souvenir persiste, mélancolique et noir comme le son tourmenté d’une contrebasse. » Michèle Gazier (Télérama, 30 janvier 2002)

« Gailly est aujourd’hui sans conteste un écrivain béni, qui a su inventer sa voix et faire une œuvre malicieuse, grave, subtile et même dangereuse. Simon Nardis est donc un déserteur qui, pour sauver sa peau – “ nuit, jazz, alcool, drogue, femme ” –, a fui et trahi la musique. Avant, il swinguait ; aujourd’hui, il chauffe les usines. Il va bientôt savoir qu’en matière de chaleur il a perdu au change. Son drame : il doutait qu’il avait un style. Doute fatal pour un musicien. Et puis, un soir au club, la musique l’a repris par le plus grand des hasards. » Gilles Anquetil (Le Nouvel Observateur, 7 février 2002)

BONNE LECTURE !


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Un soir au club, Christian Gailly - les éditions de Minuit, "Double"

Première parution en août 2013

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